Métaphysique du sans gluten : tentative

Histoire complexe ! Nous vous prévenons tout de suite : vous n’allez pas ici trouver le sens secret du sans gluten. Ni de la vie. Vous allez trouver bien mieux ! Une brique supplémentaire à ajouter à cette belle citadelle qu’est votre opinion, à propos de la question épineuse du sans gluten. Et de la vie. Rien que ça. Car ici, nous améliorons la vie.

42. 4+ 2 . En japonais cela donne « Shini » et goro ». Associé ensemble, « Shini goro » signifie l’heure de mourir. Pas de quoi.

Écartons toute nécessité médicale et soulignons en premier lieu à quel point les céréales, notamment le blé en France, donc ses constituants qui comptent le gluten, est le berceau de notre civilisation. Toute la civilisation humaine repose sur la céréale. Donc indirectement sur le gluten (sauf celles qui n’en ont pas évidemment, mais Vercingétorix ne mangeait pas de quinoa à ce que l’histoire nous raconte). Ces céréales ont été déifiées par le biais d’images anthropomorphiques et métaphysiques : Cérès , Dâgân, Osiris, Nepri, Ptah, Anou et bien sûr Déméter. Jésus partage bien le pain entre ses disciples. Même le mot « copain » de notre langue vient du pain : le copain est celui avec qui on partage le pain. Comme le compagnon (en vieux français). La valeur civilisatrice de la céréales et du pain n’est pas un secret de polichinelle.

Mais notre époque est unique en son genre. Notre société et ses consommateurs ne sont plus guidés par des entités institutionnelles collectives mais bien sur par une dynamique d’individualisation fortement teintée de psychologisation (comment allez-vous d’ailleurs ? Êtes-vous vraiment heureuse ? ). Nous ne sommes plus au service de l’Etat (ou contraint par une Eglise, une communauté, une fonction) mais au service de nous-même, ou du moins enclin à être au service de nous-même. Nous avons notre projet de vie à mener, et trop souvent il se réduit à papillonner d’une envie éphémère à une autre. Malgré cette liberté totale, nous sommes stressés et fatigués (peut-être pas vous, mais la fatigue physique et mentale est une réalité montante). La légèreté de nos possibilités s’oppose (ou met en lumière) à la lourdeur nouvelle de nos existences. N’oublions pas ce gai luron qu’était Shopenhauer (qui n’apporte rien au débat ici élevé, mais qui est vraiment trop sympa pour ne pas être cité).

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« La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui. »

Il y a un scepticisme envers tout élément institutionnel, symbolique et/ou sacré, aussi bien matériel qu’immatériel, ce scepticisme que l’on porte en soi s’est répandu dans toutes les sphères de notre vie sociale. Face à un système agroalimentaire qui semble nous manipuler, nous ne cherchons plus à suivre une voie unique pour nous alimenter et nous nous autorisons à prendre les choses en main par l’élaboration de nouvelles règles. Depuis toujours, nous mangeons du gluten. Or, notre système actuel de valeurs s’effrite, les institutions s’effritent, nous ne voulons plus faire confiance aux anciennes règles car nous pensons par nous-même pour nous-même. Nous remettons en cause le symbole  de notre civilisation alimentaire : le blé, et sa précision scientifique qu’est le gluten. Inventons-nous des nouvelles règles et affirmons qu’elles sont efficaces : le sans gluten fait perdre du poids, améliore les capacités sportives, rend heureux, non irritable, donne des ailes et fait mieux parler anglais. Le sans gluten est magique : depuis que l’on arrête d’en consommer, on va mieux. Sans prendre le recul de considérer qu’arrêter le gluten, c’est automatiquement arrêter de manger quotidiennement de la malbouffe industrielle. Plus de pain de mie, de burger, de pizza, de pâtes, de biscuits – tu m’étonnes que tu vas mieux. Regardons cette vidéo à 0:30′ secondes précisément. « J’ai le soupçon d’être intolérante sans gluten » : l’individualisation nous rend paranoïaque des pratiques alimentaires historiques collectives. En même temps, doit-on devenir expert dans tout ce qui nous entoure ? Des pneus de notre voiture à la composition de notre pain ? Oui, et l’époque le veut pour vous toujours plus. Bien malheureusement.

Le consommateur moderne est dans une dynamique de déconstruction du traditionnel. Il érige ensuite sa propre règle influencé par son environnement et non pas par son bon sens ou même son vécu, le tout dans une attitude très psychologisée.Pour voir cela sous un prisme plus métaphysique, nous avons collectivement tué les anciens dieux, et nous voilà sans aucun autre recours que d’élever notre propre dieu (nous en fait). D’où les dérives, les hésitations, l’anxiété générale qui caractérise notre alimentation, et par extension toutes nos pratiques quotidiennes (A propos, la viande rouge est cancérigène. Mais elle ne contient pas de gluten. Kiff kiff).

Nous ne prônons pas un retour arriéré à un « avant » idéalisé et impossible à refaire surgir tel qu’il est. Il faut persévérer dans le futur mais avec du bon sens, sans décision extrême et précipitée. Ne suivons pas n’importe quelles croyances qui fusent des TT Twitter ou de quelques anorexiques de LA , suivez les croyances qui vous rendent heureux, pour vous et les autres, et sans trop de risques : c’est la métaphysique qui s’impose à notre siècle.

A très vite pour de nouvelles histoires, contenant des traces de gluten. 
Bisous.

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