Sucre, ce nouveau gluten

Vous avez bien lu :notre prochaine (et première) courte histoire concerne le sucre, cette brique alimentaire indispensable pour se construire un équilibre nutritionnel stable. Loin de moi de faire l’apologie des oses, le sucre devient dans notre alimentation quotidienne ce que nous pouvons surnommer « le nouveau gluten » – comprenez le nouveau démon pernicieux et caché,  à l’origine d’un mal-être vibrant au cœur de nos sociétés modernes et de sa fichue alimentation déconnectée de la Nature ; sucre qu’il faut se presser désormais de chasser de nos assiettes.

Le sucre a mauvaise presse. Il suffit de voir la multiplication des livres qui mettent le sucre au pilori, ces derniers mêlant  pêle-mêle concepts nutritionnels, développement personnel, sur-écoute de soi et « bon sens » irrationnel. Un petit digest trouvé à la va-vite sur Gogole Images vous laisse entrevoir l’étendue de cette littérature pseudo-scientifique. En vrac, comme les graines bio. Mais avec un intrus. Un carré de sucre si vous le trouvez.

De quoi se faire une sacré bibliothèque et des excellents feux de cheminée l’Hiver venu.

Plus sérieusement, deux raisons expliquent une telle promotion du sucre dans la pyramide des aliments honnis.

Dans un premier temps, le sucre est lié aux troubles et appréhensions alimentaires dans l’inconscient du consommateur – qu’ils soient avérés comme le surpoids et l’obésité ou encore la somnolence après le repas du midi qui vous empêche de vous concentrer pendant votre réunion commerciale (la fameuse réponse glycémique post-prandiale) – ou qu’ils restent encore à démontrer (ou à convaincre la majorité) comme l’addiction au sucre. Il suffit de taper addiction au sucre sur le World Wild Web pour découvrir l’étendue insoupçonnée de cette prise de conscience : son sevrage chez nos amis les rats est similaire à celui de drogues dures, son potentiel addictif est plus élevé que la cocaïne, effet négatif sur le cœur, le cerveau, l’humeur, le système de récompense hormonal, sans parler de sa détox difficile. Le sucre rentre dans une tourmente sociétale, le baril de poudre est prêt à exploser au moindre bad buzz conséquent. Rappelez-vous la charcuterie.

Dans l’inconscient collectif émerge cette idée d’une dépendance insoupçonnée aux sucre, de son impact négatif sur notre performance quotidienne, au niveau du corps et de l’esprit. Tout comme le gluten, qui est toujours considéré de nombreux consommateurs comme un poison industriel, qui alourdit, endort et provoque stress et migraines.

Dans un second temps, un produit sucré renvoie désormais à une image d’un produit trop industrialisé, trop transformé, « anti-naturel » – pleins de mauvais ingrédients, bas-de-gamme, réalisés à la chaîne avec un rendement maximal, où le bon a été remplacé par le sucre pour des raisons de coût. Cette vision anti-naturalité du sucre s’oppose à la recherche d’un mode de vie sain plébiscité largement par les consommateurs (partout dans le Monde).

En gros, un produit trop sucré, c’est un produit bien industriel qui vous encrasse le système métabolique et vous démonte la santé. Bof. Et l’impact sur l’offre innovante mondiale, quel que soit le pays ou même la catégorie de produits, même les bonbons, même les biscuits, entraîne un recul de la saveur sucrée au profit de saveurs jugées plus naturelles : épicée, acide, amère, florale, herbacée, citronnée… mais pas sucrée.

Si nous creusons encore plus loin dans les couches d’inconscients des consommateurs, notamment en Europe et en Amérique du Nord, cette défiance envers la base nutritionnelle qu’est le sucre souligne surtout une défiance sourde et rampante envers le système actuel dans sa globalité. Le fait de ne plus croire en un avenir collectif, tel que nous l’observons beaucoup en France, fait remettre en cause les fondements mêmes de nos sociétés, et notamment alimentaires. Même chose pour le gluten. Le gluten est le constituant du blé, donc du pain,  et donc à l’origine de la culture Européenne (du Christ partageant le pain au mot copain, celui avec qui on partage le pain, ce fait n’est plus à démontrer). Dieu est mort, et dans nos assiettes aussi. Remettre en cause le gluten ou le sucre, c’est remettre en cause un certaine dynamique de l’industrie agroalimentaire, une dynamique capitaliste de rendement maximal qui traduit un système économique et politique qui a orienté significativement nos sociétés. Un système qui nous semble à bout de souffle, incapable de nous apporter une vision collective pour l’avenir. Alors que le sucre était considéré comme un médicament au Moyen-Âge, un fortifiant par la suite, jusqu’à son abondance dans nos sociétés aux alimentations industrialisées, le remettre en cause incarne un désaveu envers notre système agroalimentaire actuel, envers notre alimentation moderne, envers cette façon d’acheter et de se nourrir, et toujours en allant plus loin, incarne une perte de confiance dans la capacité du système actuel à créer un avenir collectif. Si, si.

Désavouer et créer son propre système nutritionnel, sans gluten et sans sucre par exemple, équivaut à désavouer les fondements alimentaires de notre société, et plus globalement les fondements de nos sociétés. Les anarchistes n’aiment pas le sucre ! Ne plus consommer comme le voudrait le « bon sens » qui tire en avant nos sociétés, une des idées qui émane dans l’excellent Invasion Los Angeles de Jean Carpentier (made in France).

Afficher l'image d'origine

Preuve est historique : l’individualisation croissante des individus (le fait que l’on soit toujours plus « au centre de sa vie ») s’accélère sans cesse, et sans cesse émerge de nouvelles lubies nutritionnelles, pertinentes ou pas, comme le paleo, le FODMAP, les cures détox, le chou kale, le bon gras et le mauvais gras, et j’en passe. A nouveau, notre point de vue est mythologique, pas rationnel. Que le sucre ou le gluten soient bons ou pas n’est pas notre affaire ici.

friedrich-nietzsche-by-edvard-munch

« Dieu est mort ! Et c’est nous qui l’avons tué ! Comment nous consoler, nous les meurtriers des meurtriers ? […] Avec quelle eau pourrions-nous nous purifier ? Quelles expiations, quels jeux sacrés serons-nous forcés d’inventer ? » 

Revenons à des choses concrètes et moins métaphysiques – nous aurons le plaisir de vous parler de cet aspect « mythologique » du marketing plein de fois.

Qu’est-ce que nous avons là ?
Dou-bi-dou-bi-dou

sucredetox_affiche5_generique

Un signal faible de cette chasse aux su-sucres est la campagne Sucre Détox d’Intermarché, avec la référence éponyme de crème au chocolat. Celle-ci se décline en six recettes qui présentent un taux de sucres décroissants – la première crème au chocolat contient 5% de sucres en moins que la référence classique et la dernière 50%. Imaginé par l’agence de publicité Marcel, le concept est de réhabituer le consommateur au goût originel de la crème dessert en diminuant petit à petit la teneur en sucre, pot après pot.

sucre-detox

Dommage que le produit ne soit vendu que dans une poignée d’Intermarché, et ne soit qu’un coup de buzz sans être une démarche totale de refonte de l’offre.

Mais ce produit est un signe véritable : le sucre devient le nouveau gluten.

A très vite pour de nouvelles histoires,
Bisous.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s